Le contexte des arrêts maladie de longue durée en France
Chaque année, des milliers de personnes connaissent en France un arrêt de travail long, supérieur à six mois. Chaque année, plus d'un quart des salariés (27%) connaîtra un arrêt de travail. La durée moyenne des arrêts maladie a augmenté progressivement dans les dernières années (~19,8 jours en 2024). Les arrêts maladie long (de plus de 6 mois) représentent environ 7 % de l’ensemble des arrêts maladie indemnisés, mais ils représentent près de 45 % des dépenses d’indemnités journalières maladie.
Les arrêts longs ont un impact direct sur les entreprises : maintien de salaire obligatoire, désorganisation des équipes, perte d’expertise.
Le risque de désinsertion professionnelle (perte durable d’emploi ou d’employabilité) est accru en cas de reprise non accompagnée. (une étude montre que dans le cas des arrêts de plus de 90 jours, une mauvaise réintégration peut entraîner une rechute, et selon certaines études, 46% des salariés reprenant après un arrêt de plus de 90 jours connaissent un nouvel arrêt, souvent dû à une réintégration insuffisamment préparée.

Un risque souvent sous-estimé : la désinsertion professionnelle
Une proportion importante des personnes ayant connu un arrêt de travail long reprend ensuite une activité professionnelle.

Pourtant, la reprise du travail après une maladie grave (cancer, maladie chronique, burn-out…) constitue une zone de fragilité majeure, à la fois pour les personnes concernées et pour les organisations.
Car reprendre ne signifie pas forcément tenir dans la durée.
Les statistiques et les retours de terrain convergent :
plus l’arrêt est long, plus le risque de désinsertion professionnelle augmente.
Ce risque peut prendre différentes formes :
- reprise avortée ou arrêt de travail répété,
- déclassement ou mise à l’écart progressive,
- perte de confiance menant à une rupture du contrat de travail,
- renoncement silencieux à des perspectives d’évolution.
À cela s’ajoute un autre enjeu majeur : le risque de rechute, qu’elle soit médicale, psychologique ou psychosociale.
Une reprise trop rapide, trop exigeante, ou insuffisamment accompagnée peut remettre en tension des équilibres encore fragiles.
Quand l’entreprise a continué à avancer… sans vous
Emilie travaille dans la communication au sein d’une entreprise.
Elle s’est arrêtée plus d’un an pour raison de santé. Pendant ce temps, l’organisation a évolué :
- son poste a été transféré dans un autre service,
- ses collègues proches ne sont plus là,
- les outils, les process, les priorités ont changé.
Elle revient en temps partiel thérapeutique.
Comme beaucoup de personnes dans cette situation, elle se retrouve confrontée à une double injonction :
👉 être reconnaissante de reprendre,
👉 tout en faisant comme si rien n’avait changé.
Or, tout a changé.
Les enjeux invisibles de la reprise du travail
Lorsque le coaching démarre, Émilie formule trois objectifs essentiels :
- ne pas être envahie par le stress,
- retrouver confiance en elle, notamment sur le plan cognitif, fragilisé par les effets de la chimiothérapie,
- retrouver du plaisir au travail en s’intégrant dans un nouveau collectif.
Derrière ces objectifs, on retrouve des préoccupations fréquentes chez les personnes en reprise après un arrêt long :
- la peur du regard des autres et de l’étiquetage (« fragile », « moins performante »),
- la crainte d’être « larguée » dans une organisation qui va vite,
- la perte de confiance dans ses capacités,
- le sentiment de créer une charge supplémentaire pour l’équipe.
Ces fragilités sont rarement visibles.
Elles conditionnent pourtant fortement la réussite de la reprise… ou son échec.
Le coaching : un levier de prévention durable
Le coaching de reprise du travail joue un rôle clé de prévention, à la fois contre la désinsertion professionnelle et contre les rechutes.
Dans le cas d’Émilie, l’accompagnement sur une dizaine de séances permet :
- de clarifier ses objectifs et ses priorités de reprise,
- de retrouver une posture professionnelle juste, sans suradaptation,
- de poser des limites soutenables en matière de rythme et de charge,
- de travailler sa manière d’expliquer sa situation sans susciter la compassion,
- de se repositionner sur ce qu’elle peut apporter à l’équipe.
Un travail approfondi est mené pour valoriser ses nouvelles compétences, notamment à travers l’Arbre de Vie et d'autres outils narratifs : capacités de priorisation, lucidité, sens du collectif, qualité de présence, résilience. Je le documente en fin de coaching par un certificat narratif
Autant de ressources souvent développées à la suite d’une épreuve de vie, mais rarement reconnues dans l’entreprise
Les bénéfices du coaching de reprise du travail pour la personne accompagnée
Pour la personne qui reprend le travail après une maladie, le coaching constitue avant tout un temps de prise de recul et de soutien, souvent inédit. Un espace pour ralentir, réfléchir, déposer ce qui ne peut pas toujours se dire dans l’entreprise ou l’entourage.
Concrètement, l’accompagnement permet de :
- retrouver l’accès à ses ressources, parfois mises à mal par la maladie, les traitements ou la perte de confiance,
- valoriser son parcours de maladie, non pas comme une parenthèse honteuse ou un « trou » dans la carrière, mais comme une expérience de vie qui a transformé certaines qualités professionnelles : lucidité, priorisation, sens de l’essentiel, capacité d’empathie, solidité intérieure,
- revisiter ce qui a du sens dans son travail, ce qui mérite d’être conservé, ajusté ou abandonné après l’épreuve traversée,
- reprendre confiance et s’autoriser à faire des choix plus affirmés, plus ajustés à son énergie et à ses valeurs,
- accepter et valoriser sa singularité, sans chercher à redevenir « comme avant » ou à se conformer à des normes de performance parfois inadaptées.
Dans ce cadre sécurisant, la personne ne subit plus sa reprise : elle en devient actrice de son projet,ou plutôt autrice d'un nouveau récit, soutenant, positif, qui la rend capable de se positionner, de poser des limites et de redéfinir une place professionnelle soutenable et choisie.
Les bénéfices pour les entreprises
Accompagner la reprise du travail après une maladie n’est pas seulement un acte de bienveillance.
C’est aussi un choix stratégique.
Pour l’entreprise, les bénéfices sont multiples :
- réduction des risques de rechute et d’absentéisme répété,
- sécurisation des parcours professionnels,
- maintien des compétences et des savoirs,
- engagement renforcé des collaborateurs,
- message fort envoyé au collectif sur la qualité du management et de la culture d’entreprise.
Une reprise accompagnée est une reprise plus stable, plus durable et plus efficace.
En conclusion
Reprendre le travail après une maladie ne consiste pas à revenir « comme avant », mais à se réapproprier son histoire professionnelle à partir de ce qui a été vécu.
Les approches de coaching inspirées des pratiques narratives permettent de dépasser les récits réducteurs (fragilité, incapacité, mise à l’écart) pour faire émerger d’autres histoires : celles des ressources développées, du sens clarifié, des choix devenus plus conscients, sans nier l'expérience traumatisante vécue.
En aidant la personne à redevenir actrice et autrice de sa vie, à affirmer sa singularité et à trouver une place professionnelle juste et soutenable, l’accompagnement sécurise des reprises plus durables.
Pour les entreprises, c’est un levier puissant de prévention des ruptures et des rechutes, et un investissement dans une performance réellement humaine et durable.
